26/05/2012
La loi Grenelle 2, portant engagement national sur l'environnement, a été promulgué en juillet 2010.
Que vous inspire la récente sortie au journal officiel de la loi Grenelle 2 et de son plan Bâtiment ?
Le Grenelle 2 est une très bonne chose pour le monde de la construction et pour les citoyens en général dans la mesure où c'est "le bon sens" qui devient réglementaire, et cela même si le dispositif a été quelque peu allégé au passage. En outre, beaucoup de projets ont devancé l'appel de la RT 2012 en se mettant déjà au bâtiment basse consommation, signe que la dynamique est d'ores et déjà lancée.
Toutefois, si les mesures sont à la hauteur des enjeux, reste le problème de leur financement... Lors du dernier Congrès HLM, le Ministre du logement a annoncé des coupes sombres dans le budget des logements sociaux, ce qui laisse penser qu'il y a peut-être un moment où l'équilibre sera difficile à atteindre. Pourtant, pour faire des bâtiments durables, il faut investir davantage dans la conception et la qualité de la réalisation, puis dans la gestion, ce qui n'est pas une pratique courante en France.
Le BBC et la RT 2012 seront demain les standards du neuf. En revanche, la grande difficulté concerne les bâtiments existants, qui représentent l'essentiel des consommations du secteur ?
Il est aujourd'hui assez facile de construire des bâtiments neufs à basse consommation, voire à énergie positive, dans la mesure où tous les industriels se mettent à développer des produits performants. Le grand enjeu se situe actuellement au niveau de la réhabilitation, qui représente un marché de plusieurs centaines de milliards d'euros. L'approche y est beaucoup plus compliquée entre d'une part les bâtiments sur lesquels on ne peut pas faire grand-chose et d'autre part ceux pour lesquels une métamorphose complète est possible.
Dans le cadre d'un appel à idées lancé par le PUCA (Plan, Urbanisme, Construction, Architecture) afin d'améliorer la performance des bâtiments anciens et parvenir à monter de la classe énergétique D voire G à la classe A ou B, notre agence a par exemple été confrontée au délicat sujet de la rénovation des copropriétés. Contrairement aux bâtiments gérés par des bailleurs sociaux, c'est à dire des professionnels qui savent obtenir des financements, commander des travaux ou piloter des entreprises, le domaine de la copropriété est plus incertain et l'argent y manque souvent cruellement, ceci expliquant l'état dégradé d'un grand nombre d'immeubles.
Nous avons proposé de créer des m2 supplémentaires pour trouver l'argent nécessaire à la remise aux normes, le bénéfice de la vente permettant ainsi de financer tout ou partie des travaux d'isolation par l'extérieur, de changement des fenêtres, de réfection de chaudière ou de mise en place d'une ventilation...
En augmentant les millièmes, on permet dans le même temps de diminuer les charges des habitants. Pour agrandir les logements, il faut créer des prolongements sur l'extérieur par des balcons, des loggias, ou bien en hauteur, en "posant" de manière non systématique des maisons sur le toit des bâtiments aux formes les plus sommaires, ce qui permet au passage de leur redonner une esthétique et de créer de la mixité sociale.
Quelles sont à vos yeux les dispositions les plus pertinentes du plan Bâtiment ?
La RT 2012 en est un élément essentiel, et parmi elle la notion de BBio c'est à dire de qualité de la conception qui est désormais inscrite dans la réglementation.
On redécouvre et c'est heureux que la performance du bâtiment tient d'abord à la performance de la conception, autrement dit que le bâtiment prend ses performances dès l'esquisse. Cela devrait interpeller les architectes et leur donner des ailes.
Dans le même temps, cette approche implique un travail très en amont de l'architecte avec le thermicien, et le recours à des outils de simulation énergétique performants et interactifs (ex : Archiwizard®, médaille d'or au dernier Batimat) permettant de mesurer instantanément les conséquences des choix architecturaux : le fait par exemple de tourner le bâtiment de 20°, de mettre un store devant une baie vitrée ou d'en modifier la largeur de lame...
L'architecte ne peut plus se contenter de dire que ce qu'il a dessiné est performant : il faut le justifier. N'oublions pas qu'il y a derrière cela l'enjeu de la garantie de performance, voire de la garantie de résultats, que je déconseille au passage car elle met en jeu le comportement de l'usager sur lequel il est difficile de s'engager. Mais c'est un vaste sujet...
La mise en place d'un plafond d'émission de GES à partir de 2020 pour les bâtiments neufs vous semble-t-elle une bonne chose ?
Oui car cette voie, qui est déjà celle qui a été prise avec la RT 2012, consistera à évaluer une construction en terme d'énergie et de bilan carbone.
Face à cela, c'est la mixité des solutions techniques qui semble se dessiner : le fait par exemple de concevoir un bâtiment avec une structure poteau-poutre en béton et des façades à grands éléments préfabriqués en bois. Une étude récente, qui a été commanditée par les professionnels du béton et n'a pas été contredite par les autres filières, montre d'ailleurs que sur un cycle long, de 100 ans environ, les bilans environnementaux et carbone des constructions en béton, en bois ou en métal sont très proches les uns des autres.
Pour mesurer le poids du CO2 de chaque décision technique, il faudra là encore disposer d'outils informatiques performants s'alimentant à la source de la base INIES. Certains éditeurs de logiciels y travaillant déjà.
Quels sont vos plus grands regrets concernant le Grenelle de l'Environnement ?
Le DPE tel qu'il a été mis en place constitue un vrai scandale. Cet outil, pourtant très utile pour les acheteurs et les particuliers, est souvent peu fiable car réalisé par des personnes peu compétentes quand ce ne sont pas des margoulins. Je me demande par ailleurs à quoi cela sert-il de faire un DPE sur les 13,7 millions de maisons que l'on sait d'avance être de véritables passoires énergétiques, sinon à dépenser inutilement près de 4 milliards d'euros ? Si le DPE est nécessaire, il doit être perfectionné.
Le photovoltaïque vient par ailleurs de recevoir un sérieux coup dans l'aile avec la baisse de ses tarifs d'achat. Si le domaine devait certes être encadré compte tenu du danger que représentait l'apparition de très nombreuses sociétés motivées par des profits importants, il devient aujourd'hui difficile de mener à terme des projets à énergie positive.
Un autre grand regret concerne la formation de la maîtrise d'œuvre et de la maîtrise d'ouvrage qui ne bénéficient pas, à la différence des entreprises, de la manne des fonds FEE Bat, qui sont alimentés par les grands énergéticiens au travers des certificats d'économie d'énergie. C'est assez ubuesque et symptomatique de ce qui se passe en France où l'on préfère investir sur l'aval et sacrifier l'amont. Cependant, il n'y aura pas de projets performants s'il n'y a que des entreprises qui savent poser de l'ITE et pas d'architectes, de thermiciens et de maîtres d'ouvrages suffisamment formés pour prescrire les bonnes solutions.

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