26/05/2012
La RT 2012 s'appliquera au tertiaire dès 2011 et aux logements en 2013
Plutôt que de RT 2012 vous préférez parler de R énergétique, environnemental, économique. Pour quelles raisons ?
La thermique du bâtiment est devenue une partie congrue de la RT qui prend également en compte les questions d'éclairage et les consommations d'énergie liées à la production d'ECS, la ventilation, la climatisation...
Dans les futurs labels et les prochaines versions du Grenelle, le bâtiment sera sûrement abordé sous l'angle des coûts d'exploitation, de l'énergie grise ou encore des émissions de CO2.
La méthode de calcul de la RT 2012 est-elle nouvelle ? Nécessite-t-elle des outils de calcul spécifiques ?
La méthode est effectivement nouvelle et complexe puisqu'il s'agit de réaliser un bilan énergétique heure par heure du bâtiment, sur l'ensemble de l'année, en prenant en compte de multiples paramètres.
Avec ses 1 100 pages de textes, la RT aboutit malheureusement à une sorte de boîte noire dans laquelle on va injecter plein d'informations pour obtenir un résultat final. L'approche va se faire à tâtons au risque de s'engager dans une impasse.
Il y a un côté labyrinthique que nous essayons d'éluder en mettant en place une sorte de fil d'Ariane au fur et à mesure que nous avançons. Il faut par ailleurs apprendre à partir du résultat souhaité pour ensuite décortiquer chaque aspect de la réglementation. Les outils de calcul seront normalement mis en place à la fin d'année.
Pour notre part, en relation avec IZUBA Energies, nous travaillons avec la méthode Epur3, Etudes Paramétriques Unifiées Réalisations Environnementales Economes en Energie (d'où le 3 ou E inversé). La méthode réservée au résidentiel s'appuie sur des plans d'expériences puis sur le moteur de calcul élaboré par le CSTB pour la validation finale.
La nouvelle RT est cependant très contraignante et nécessite d'être bien comprise par les différents acteurs du domaine faute de quoi elle risque de ne pas être respectée. L'accent doit rapidement être mis sur l'information et la formation qui ne sont pas aujourd'hui à la hauteur des enjeux.
La conformité à la RT 2012 passe par le respect des trois indicateurs BBio, Tic et Cep. Quels en sont les points essentiels ?
Jusque-là, on avait l'habitude de parler du coefficient Ubât, qui représentait la somme des déperditions statiques du bâtiment ramenée à la surface extérieure de l'enveloppe, et signifiait peu de chose hormis pour les industriels de l'isolation...
Première étape de la RT 2012, le BBio (Bilan Bioclimatique du bâtiment) est beaucoup plus complet et prend désormais en compte de multiples aspects de la conception comme la forme du bâtiment, l'inertie thermique de la structure, les performances de l'isolation, du vitrage, des menuiseries et protections mobiles, la nature de l'ensoleillement, la perméabilité à l'air de l'enveloppe... Tant que le bâtiment ne possède pas un certain niveau de performance on ne peut pas passer à l'étape suivante. A noter que le BBio obtenu doit être inférieur à une valeur de référence modulée en fonction de la zone climatique, de l'altitude, de la surface Shonrt et d'une climatisation éventuelle.
La deuxième étape, qui est celle du confort d'été, consiste à simuler la Tic (Température intérieure conventionnelle) en analysant le bâtiment le jour le plus chaud de l'année de manière à obtenir un niveau de confort acceptable. Cette étape reprend la méthode RT 2005 et doit évoluer prochainement car c'est un vrai enjeu de confort.
La troisième étape passe par le calcul de la Cep (Consommation d'énergie primaire) et permet de vérifier que les consommations cumulées de chauffage, ECS, éclairage et auxiliaires sont inférieures à la valeur de 50 kWh d'énergie primaire/m2.an. Cette valeur est modulée comme le BBio et intègre en outre une modulation pour la biomasse et les réseaux de chaleur vertueux. Dans le résidentiel, en première approche, les consommations se répartissent entre 15 kWh ep/m2 de Shonrt.an pour le poste chauffage, 25 pour l'ECS, 10 pour l'éclairage et les auxiliaires.
Alors que la part de chauffage se rétrécit, on s'aperçoit que le poste ECS devient prépondérant, appelant le développement de nouvelles solutions solaires et thermodynamiques ainsi que le recours à la récupération de chaleur. Les Pactes ECS mis en place par l'ADEME sont au travail et de nouvelles solutions sont attendues pour 2013.
Quel impact l'obligation d'une surface vitrée minimale, équivalente au 1/6 de la surface habitable, représente-t-elle sur les besoins en énergie des bâtiments ?
Dans le calcul des déperditions d'un appartement par exemple, il apparaît que 20 kWh/m2 de Shonrt.an sont le fait des baies vitrées, soit autant que les déperditions par les parois opaques ou par le renouvellement d'air. En optimisant leur surface et leur orientation, ces mêmes baies vitrées peuvent apporter de 20 à 24 kWh/m2 de Shonrt.an.
En imposant une surface vitrée minimale correspondant au 1/6 de la surface, les baies vont ainsi devenir neutres dans le bilan thermique de l'enveloppe. Il ne faut pas oublier le confort d'été et le jeu combiné des protections solaires, de l'inertie thermique et de la ventilation naturelle. Sur une année de 8760 h, durant près de 5 à 6000 h par an le bâtiment sera équilibré en confort du fait de sa conception bioclimatique, il faut cependant apprendre aux usagers les bonnes règles de comportement.
Dispose-t-on aujourd'hui de la technique suffisante pour répondre à l'ensemble de la RT 2012 ?
Oui, mais il y a encore plein de choses à inventer, notamment dans le domaine des solutions hybrides qui associent une énergie renouvelable ou récupérée avec une énergie conventionnelle stockée ou non, des équipements à basse puissance, de l'ECS dont le poste devient très impactant, ou de la gestion des consommations... Il faut aboutir à des solutions simples, prêtes à poser et faciles à comprendre.
Quel surcoût le passage à la RT 2012 représente-t-il ?
Il est évalué entre 5 et 10 % du coût d'un projet, mais il peut se réduire à 2 % dans le cas d'une bonne synergie entre l'architecte, le maître d'ouvrage et le bureau d'études ou grimper jusqu'à 20 % si la structure est par exemple mal adaptée et nécessite un renforcement de l'isolation. Un travail d'équipe s'impose, des réalisations de qualité mais également le commissionnement des équipements pour aider les usagers à un comportement vertueux.
Les bâtiments existants ne sont pas visés par la RT 2012. A quelles exigences thermiques sont-ils soumis aujourd'hui ?
Les bâtiments anciens disposent depuis 2008 d'une RT sur l'existant. Celle-ci comportant des défauts, il est prévu de la faire évoluer en intégrant une méthode de calcul proche de la RT 2012 et en améliorant le calcul des audits énergétiques et DPE, dont l'approche simplifiée conduit souvent à des résultats éloignés de la réalité.

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