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26/05/2012

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Solutions environnementales
Climat d'incertitude autour du photovoltaïque

Climat d'incertitude autour du photovoltaïque

Bruno Gaiddon, responsable de l'activité photovoltaïque de HESPUL*

Le photovoltaïque a récemment vu ses tarifs d'achat baisser de 12 % pour les grosses installations, les tarifs des installations inférieures à 3 kWc étant maintenus. Qu'en pensez-vous ?

L'association HESPUL a publié en août dernier un argumentaire d'une vingtaine de pages pour demander la baisse des tarifs d'achat de l'énergie photovoltaïque afin d'aller vers une pérennisation du dispositif.

Si l'on était donc d'accord sur le principe d'une baisse, on déplore la façon brutale dont elle a été annoncée, mettant en difficulté les maîtres d'ouvrage qui avaient un projet de photovoltaïque, et créant surtout un climat d'incertitude pour les investisseurs qui développent des produits d'intégration ou de production, mettant ainsi en péril des emplois.

On regrette par ailleurs que les tarifs soient baissés uniformément sans plus de réflexion sur l'efficacité même du dispositif actuel. Celui-ci n'a jamais fait l'objet d'un travail de définition sérieux, et a conduit à des effets pervers, dont une rentabilité très importante des projets situés dans le sud de la France, et l'impossibilité a contrario de créer des projets aux conditions économiques acceptables en Ile de France et dans le nord. Selon le nouveau texte, les projets situés dans le sud vont voir leur rentabilité légèrement diminuer, mais compte tenu de la baisse des coûts cela ne va pas changer fondamentalement le déséquilibre existant.

La redéfinition du tarif de référence de l'électricité permettant de calculer le montant remboursé à "EDF obligation d'achat" n'a pas davantage eu lieu. Ce tarif de base est très bas aujourd'hui, ce qui influe sur le coût global de la mesure tarif d'achat. Il correspond au prix de l'électricité à la sortie d'une centrale et non à celui de l'électricité fournie au client.

En outre, il n'est désormais plus possible de connaître à l'avance le niveau du tarif d'achat dont peut bénéficier une installation photovoltaïque. Une telle modification bloque toutes les opérations de taille importante car les banquiers refusent de s'engager avec tant d'incertitudes.

Cependant, le Ministre de l'Environnement a laissé une porte ouverte aux négociations. Espérons que l'on arrive à regrouper tous les acteurs autour d'une table et à définir pour une durée de plusieurs années les conditions d'achat de l'énergie photovoltaïque.

Que vous inspire le rapport Charpin qualifiant le photovoltaïque de "risque financier majeur" et de technologie coûteuse parmi les autres sources d'électricité renouvelable ?

Le rapport Charpin et les annonces de la présidente d'ERDF sur le danger des installations photovoltaïques pour le système électrique français sont à mon avis les deux facteurs qui ont incité le Ministre de l'Environnement à casser la dynamique de développement de la filière.

Le photovoltaïque a effectivement le coût de production le plus élevé aujourd'hui, car c'est la technologie la plus récente des énergies renouvelables, avec un marché en cours de structuration, et qu'il génère beaucoup plus d'emplois que les autres filières renouvelables et conventionnelles.

Mais ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera pas à moyen terme. En effet, à l'inverse des filières conventionnelles, son prix de production suit une courbe à la baisse. Lorsque la parité avec le réseau électrique sera atteinte, on n'aura plus besoin de tarifs d'achat car le photovoltaïque sera compétitif avec l'énergie du réseau et l'on assistera alors à son développement massif. Toutefois, si la filière n'est pas soutenue dès aujourd'hui, les composants nécessaires à la production photovoltaïque seront importés massivement. Il y a donc urgence à clarifier la stratégie gouvernementale, en terme de recherche, mais aussi de soutien au marché.

Le risque de black out sur le réseau électrique français est quant à lui clairement un mythe. On compte aujourd'hui 400 Mégawatts de photovoltaïque en France. Les allemands ont plus de 10000 MW sur un réseau équivalent au notre, sans que les gestionnaires ne tirent la sonnette d'alarme. En outre, pour toute demande de raccordement au réseau, des études sont réalisées par les ingénieurs d'ERDF. Lorsqu'il y a un risque d'augmentation local de tension, le producteur est amené à renforcer ponctuellement le réseau.

Le problème est différent en Corse et dans les Dom-Tom, où le réseau électrique se compose de petits réseaux non interconnectés, sur lesquels l'interpénétration de productions fluctuantes comme le solaire ou l'éolien peut provoquer une instabilité et doit être limitée. Pour autant, ces zones bénéficient de tarifs d'achat supérieurs à la France métropolitaine. Beaucoup d'opérateurs s'y sont précipités et l'on a aujourd'hui des listes d'attente de projets qui excèdent largement les capacités d'accueil des réseaux...

Quoi qu'il en soit, le message alarmiste de la présidente d'ERDF a hélas été entendu puisqu'un amendement visant à augmenter de 66 % le prix de raccordement pour les producteurs a été voté en septembre.

Le photovoltaïque a-t-il un développement suffisant pour atteindre les objectifs du Grenelle de l'Environnement et du Facteur 4 ?

On aurait pu penser que oui. Mais étonnamment, l'on reproche au photovoltaïque d'aller trop vite. Le Grenelle fixe la capacité totale de photovoltaïque installé à 5400 Mégawatts en 2020. Cet objectif peu ambitieux, qui correspond au marché allemand annuel, aurait pu être rempli d'ici 2 à 3 ans au vu des développements enregistrés en France en 2009 et au 1er semestre 2010... Pourtant, afin qu'il ne soit pas atteint avant 2020, le rapport Charpin préconise de limiter le marché annuel du photovoltaïque à 500 MW. Mais, alors que l'éolien ne connait pas un développement spectaculaire, on se pose la question des moyens que va se donner la France pour atteindre les objectifs européens de 23 % d'énergie renouvelable en 2020.

Le crédit d'impôt pour les projets photovoltaïques pourrait être prochainement supprimé. Qu'en pensez-vous?

Cela fait partie de nos demandes car nous avons la chance d'avoir un tarif d'achat pour la production photovoltaïque, et il faut libérer du crédit d'impôt pour les autres filières énergétiques comme l'isolation, les fenêtres ou le solaire thermique, qui ne peuvent vivre sans. En contrepartie, nous appelons à ce que le tarif d'achat soit revu avec des niveaux de puissance et une indexation fonction de l'ensoleillement, afin d'obtenir des conditions économiques intéressantes pour les projets situés à Dunkerque comme à Nice.

Dans le cadre des projets d'intégration au bâti, quelles sont les solutions techniques d'avenir ? Et les évolutions à venir ?

Au niveau de Hespul, nous croyons beaucoup aux industriels de la couverture, de la menuiserie ou de la verrerie qui intègrent dans leurs gammes des accessoires photovoltaïques, plutôt qu'à l'arrivée sur le marché de nouveaux acteurs avec des systèmes purement photovoltaïques.

Quant aux évolutions, on observe deux grandes tendances : l'une s'appuyant sur le développement de cellules à haut rendement, adaptées aux bâtiments aux surfaces utilisables limitées (les rendements les plus élevés approchent les 20 % avec une technologie américaine), l'autre misant sur des filières technologiques à couches minces, aux rendements plus faibles mais produisant de l'énergie à plus faible coût.

*Créée en 1991, HESPUL est une association spécialisée dans le développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique.

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